Vital Nshimirimana: "l'exil n'est qu'une étape"

Vital Nshimirimana: "l'exil n'est qu'une étape"

"Terroriste", "corrompu", sur les réseaux sociaux, Vital Nshimirimana n’a pas que des amis. Après la publication, sur un site internet belge, d’un article le concernant, les commentaires injurieux ont plu contre ce militant burundais des droits humains. Comme en lointains échos aux menaces physiques qui l’ont obligé à fuir le pays, il y a près de deux ans. Aujourd’hui exilé en Belgique, Vital Nshimirimana ne s’émeut pas des campagnes mensongères menées contre lui par l’armée de trolls 1 du président Nkurunziza.

« Parfois, on m’accuse même d’avoir participé aux massacres de 1972, alors que je n’étais pas né », rit-il, sans se départir de sa calme détermination.Le défenseur des droits humains ne pense qu’à une chose : retourner en Afrique pour poursuivre son combat pour le respect de la légalité contre celui qui, en 2015, a enfreint la Constitution pour s’octroyer un troisième mandat à la tête du Burundi.

Dès l’enfance, Vital Nshimirimana connaît la peur des tueries, chevillée à l’inconscient collectif depuis les massacres interethniques de 1972, qui ont coûté la vie à 100 000 personnes. En 1993, l’assassinat du président Melchior Ndadaye met le feu aux poudres. Une vague de violence traverse le pays, comme une répétition générale du génocide rwandais (1994). « Dans l’école secondaire de Kibimba, il y a eu un massacre des élèves et éducateurs. C’est le directeur même de l’école qui avait demandé aux voisins de massacrer les élèves et éducateurs tutsis ! Des rescapés sont arrivés. Certains ont été hébergés dans les locaux de mon école, au Lycée de Tora. Cela a été un choc pour tout le monde. »

Quand Vital rejoint l’université de Bujumbura, en 2000, le climat de violence politique est à son comble malgré les accords d’Arusha, censés mettre fin à sept années de guerre civile larvée. Le jeune homme s’engage activement dans la société civile, tout en amorçant une carrière dans la magistrature. Avec un engagement constant : le refus de la corruption qui gangrène le pays.

Vu le niveau des salaires dans la fonction publique – 100 ou 200 euros par mois –, la corruption « joue un rôle vital pour permettre aux agents de l’État de survivre », observe le jeune magistrat. Mais lui se pose en incorruptible. « Personne ne m’a d’ailleurs approché. Mes déclarations, mon train de vie faisaient que je n’étais pas accessible. » C’est que les pots-de-vin, cela se remarque. « Il suffit de voir un fonctionnaire touchant 200 euros par mois s’acheter une voiture à 5 000 euros, et vous avez compris. »

En 2004, Vital Nshimirimana fonde l’organisation anti-corruption « Réseau des citoyens probes », avant de rejoindre la grande plateforme de la société civile FORSC, dont il devient président. Il incarne peu à peu un visage connu de la société civile. Bientôt trop connu.

Quand le président Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, tente un coup de force pour se maintenir, au printemps 2015, la société civile burundaise répond par une campagne sans précédent de protestation non-violente : « Halte au troisième mandat. » Des centaines de milliers de personnes, toutes ethnies confondues, en ville comme dans les campagnes du Burundi, participent à ce mouvement de protestation. « Une véritable révolution », selon Vital Nshimirimana, qui devient l’un des coordinateurs du mouvement. Tous les espoirs sont alors permis : au Burkina Faso, le mouvement du Balai citoyen n’a-t-il pas réussi à chasser du pouvoir l’autocrate Blaise Compaoré ?

Mais il n’y aura pas de Printemps burundais. Nkurunziza écrase dans le sang la revendication populaire. Les médias sont mis au pas ; les opposants assassinés lors d’opérations commandos nocturnes. Vital et sa famille se cachent, avant de rejoindre le Rwanda voisin. Mais même dans la région de l’Afrique de l’Est, la sécurité n’est pas totalement assurée. Des proches du régime infiltrent les réfugiés et mènent des opérations punitives. Après avoir changé de pays, c’est un continent qu’il décide de mettre entre lui et ses poursuivants. Il rejoint la Belgique, muni d’un laisser-passer et y demande l’asile.

« Nkurunziza, mis au ban de la communauté internationale, n’a pas quitté le pays depuis son coup de force. Il ne peut pas voyager. C’est un réfugié dans son propre pays. » L’ironie de la situation fait sourire l’exilé burundais, qui apprécie la Belgique et ses habitants. « Je suis très impressionné par la façon dont les Belges vivent, en comparaison du Burundi. Il pourrait y avoir des divisions, mais quand même, les gens ne vont pas s’entretuer. » Il est convaincu que le travail de défense des droits humains porte ses fruits. « Nkurunziza peut peut-être rester au pouvoir, mais il ne pourra pas gouverner », dit-il, paraphrasant un autre opposant burundais fameux, Pierre Claver Mbonimpa, lui aussi exilé en Belgique.

Mais pour Vital Nshimirimana, l’exil n’est qu’une étape. S’il continue de plaider la cause de son pays natal à travers ses contacts en Belgique, il est convaincu que son combat pour les droits humains ne pourra être mené véritablement qu’en Afrique. L’avenir est incertain, mais un jour, Vital rentrera au Burundi.

La Belgique, terre d’accueil des réfugiés d’Afrique centrale

L’Afrique centrale vit des heures politiquement difficiles : après le coup de force du président burundais Pierre Nkurunziza, qui s’est arrogé un troisième mandat en violation de la Constitution, la République démocratique du Congo (RdC) est elle aussi plongée dans le trouble du fait de la volonté de Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir. Au Rwanda, Paul Kagame a fait réformer la Constitution pour rester Président encore longtemps. Dans les trois pays, la société civile et les opposants politiques ont la vie dure. Certains sont contraints de s’exiler. Du côté burundais, « la majorité des leaders d’opposition continuent à demander l’asile en Belgique en raison des garanties que le pays offre en termes de sécurité physique et juridique. En Afrique par exemple, en raison de la proximité et des connexions politiques avec le régime au pouvoir au Burundi, certains acteurs politiques ont failli se faire arrêter sur simple demande du gouvernement burundais. »

Le nombre de demandeurs d’asile burundais a en effet augmenté depuis la crise. En 2016, 307 personnes ont introduit un dossier. Le taux de reconnaissance est aussi plus important : il s’élève à environ 75 %, contre 20 % les années précédentes. Du côté rwandais et congolais, le nombre de demandes d’asile est en baisse significative ces dernières années, mais le taux de reconnaissance est stable. .

1. Les trolls désignent les personnes menant des campagnes de haine
et de controverse sur les réseaux sociaux.