En Belgique, au chevet de nos seniors

En Belgique, au chevet de nos seniors

Originaire du Congo, Yves est arrivé en Belgique au hasard d’un programme de réinstallation de réfugiés. Il a repris des études d’infirmier pour finalement s’orienter vers la gériatrie. Aujourd’hui, il soigne nos seniors dans une maison de repos à Bruxelles. Un article qui vous est proposé en bonus web du dossier "Belgique: la fin d'un périple, le début d'une rencontre".

Son périple a duré 13 ans. Il y a eu le Congo-Brazaville, la République Centrafricaine et le Tchad. Puis Yves passe 6 années en Libye où, comme il le dit lui-même, « il a fait du n’importe quoi pour avoir de quoi manger » : porteur, jardinier, maçon, plafonneur... Avant de fuir vers la Tunisie en 2011 et de s'installer en Belgique en 2012.

Dans le cas de Yves, il est plus correct de dire « se réinstaller » à Bruxelles puisqu’il a fait partie d’un petit groupe de 25 réfugiés acceptés par la Belgique dans le cadre des programmes de réinstallation proposés par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés : 21 Érythréens et 4 Congolais. Après le début de la guerre en Libye en 2011, Yves a fui comme beaucoup de réfugiés vers la Tunisie. Ils étaient des milliers à s’entasser dans l’immense camp de réfugiés de Choucha au beau milieu du désert. « J’ai passé 5 mois là-bas coincé entre la chaleur et la poussière. C'était invivable. Là-bas on m’a proposé de faire partie d’un programme de réinstallation vers la Belgique. Au départ je pensais aller aux États-Unis. Mais j’ai très vite accepté. J’allais enfin pouvoir être en sécurité. »

Pénurie d'infirmiers

Yves est accueilli à Bruxelles par une équipe de l’OIM (Office international pour les migrations). Il est provisoirement hébergé dans le centre Fedasil de Pondrôme avant d’emménager à Bruxelles. Là, il est aidé dans ses démarches par l’association Conviviale. Dans un premier temps, Yves touche le CPAS. « Il fallait que je fasse quelque chose pour trouver un emploi. Mon équivalence de diplôme ne fonctionnait pas. Alors j’ai choisi de reprendre des études d’infirmiers ici parce qu’il en manque beaucoup et qu’il y a des débouchés. » De fait, le métier d’infirmier figure en tête du classement des métiers en pénurie depuis plusieurs années. C’est ainsi qu'Yves retrouve le chemin de l’école, deux décennies après avoir obtenu son premier diplôme au Congo. « La première année, c’était l’enfer. Je me suis retrouvé à mon âge sur les bancs de l’école avec des personnes qui ont 20 ans de moins. En plus des cours et des stages, il fallait que je m’occupe de ma famille qui m’avait rejoint en Belgique. C’était une période de sacrifice. »

Pour faire ce métier, il faut aimer les personnes âgées. J'aime être proche de ces personnes, passer du temps avec elles, les aider. À une période de ma vie, j’ai été aidé. Aujourd’hui, c’est mon tour…

Trois années d’études qu’il combine avec des jobs étudiants notamment comme « aide soignant » dans des maisons de repos le soir, le week-end et pendant les vacances scolaires. Au gré des stages et des petits boulots, Yves s’oriente de plus en plus vers la gériatrie. Diplômé en juin 2015, il n’a pas eu besoin de chercher. Le travail est venu à lui. « Je voulais travailler dans un hôpital mais le chef des infirmiers de la maison de repos où je travaillais m’a proposé un contrat. Au départ il était question d’un mi-temps mais finalement on m’ a proposé à temps-plein. Je prépare les médicaments des patients, je fais les injections, je m’occupe de l’administration des repas par sonde ». Dans ce secteur, les besoins sont grands. Et quand la tâche est trop importante, il donne un coup de main aux aides-soignants pour laver les patients, faire les lits et servir les repas. « Pour faire ce métier, il faut aimer les personnes âgées. Ce n’est pas une évidence mais, moi, j’aime être proche de ces personnes, passer du temps avec elles, les aider. À une période de ma vie, j’ai été aidé » dit-il pudiquement. « Aujourd’hui, c’est mon tour… »

 

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